Lors de la dernière vente de la maison Haynault, en Belgique, le 17 novembre dernier, l’objet le plus commenté ne fut ni un diamant, ni une montre compliquée, mais… une grue (oiseau). Plus exactement: une grue en bronze doré et émaux cloisonnés, née à la fin du XIXe siècle sous la forme d’un support de brûle-parfum. Un objet hybride, délicieusement improbable, qui a connu une seconde vie en 1942, en pleine Occupation, lorsque Jeanne Toussaint l’a transformé en pendulette dans les ateliers de Cartier. L’époque n’était pas vraiment au luxe ostentatoire, mais manifestement à l’inventivité, voire au recyclage créatif. Si la pièce a fait frémir les collectionneurs, ce n’est pas uniquement pour son charme exotique. Elle a appartenu à Jeanne Toussaint («La Panthère» comme aimait l’appeler Louis Cartier) directrice artistique de la maison de 1933 à 1970. On savait Toussaint passionnée par les objets singuliers, mais cette grue cloisonnée ajoute une touche supplémentaire à son bestiaire privé. Conservée dans sa famille depuis son décès, le 7 mai 1976, la pièce figurait à l’inventaire de succession comme «un oiseau en émaux cloisonnés monté en montre». Estimée entre 40’000 et 80’000 euros, la pièce a finalement été adjugée à 40’000 euros, soit l’estimation basse. De quoi rappeler que, même avec un superbe pedigree toutes les grues ne s’envolent pas audelà des nuages. Mais l’objet, rare, inattendu et délicieusement daté, offre un aperçu précieux de cette époque où Jeanne et la maison Cartier transformaient littéralement tout ce qui passait entre leurs mains. cdv
La «Panthère» possédait une grue


