En Chine, les congés sont bien moins nombreux qu’en Occident. Alors, on l’attend avec impatience cette «Fête du Printemps». Elle débute à la deuxième nouvelle lune après le solstice d’hiver et s’étire jusqu’à la «Fête des Lanternes», lorsque les familles sortent admirer des myriades de lumières suspendues dans la nuit. Un printemps avant l’heure, jamais à date fixe, symbole de lumière et de renouveau.
Le 17 février, la mécanique céleste chinoise s’est remise en marche suivant le calendrier luni-solaire traditionnel, évinçant l’année du Serpent de Bois pour accueillir celle du Cheval de Feu. Le zodiaque chinois repose sur douze animaux associés chacun à l’un des cinq éléments: Bois, Feu, Terre, Métal, Eau. Une combinaison subtile qui déploie son cycle sur soixante ans. La précédente année du Cheval de Feu remonte à 1966. Autant dire que la plus belle conquête de l’Homme a galopé à travers bien des territoires depuis lors et que vous ne la verrez pas repasser avant longtemps.

Élégance indomptée
Extraverti, enthousiaste et parfois imprévisible, le Cheval est naturellement rapide, souvent indépendant, d’une intelligence intuitive et révèle une certaine flamboyance sociale. Lorsque son année se déploie sous l’élément Feu, tout est amplifié: la passion, l’impulsivité, le leadership, la créativité. En Chine et au Japon, une année de ce type n’est pourtant pas la préférée des jeunes parents. En 1966, il y a soixante ans, la natalité a chuté de manière drastique et spectaculaire. Selon une légende japonaise du XVIIe siècle, O-Shichi, jeune fille née sous le signe du Cheval de Feu, eut un tempérament si ardent qu’elle provoqua, involontairement, un incendie à Edo en voulant séduire son amoureux. La superstition s’installera durablement: les femmes du signe Cheval de Feu pouvaient «consumer» leur mari. De quoi donner un petit frisson à cette année zodiacale. La morale collective fut simple, mieux vaut éviter de naître cette année-là.

Le statut du cheval en Occident
Symbole de force chez les Romains, le cheval est représenté sur de nombreuses intailles (intaglio) menant des chars victorieux. Chez les Mérovingiens (Ve – VIIe siècle), les hommes portaient des fibules stylisées évoquant le cheval, sortes de broches permettant de ne pas perdre sa cape ou son manteau. L’iconographie équestre médiévale affiche volontiers les chevaliers sur leurs montures avec leurs harnachements. Jusqu’à nos jours, le cheval est rarement libre. Il est monté, maîtrisé, instrumentalisé et établit la masculinité et le pouvoir de son maître.

La révolution esthétique en bijouterie
Dans l’ère moderne, le cheval devient utilitaire, chic et même snob. Chez Hermès, qui a fait sa fortune avec un très beau fourre-tout de cuir, le «sac haut à courroies» (ancêtre du Kelly) dans lequel on pouvait se débarrasser de ses bottes, de ses mors et même de son bracelet en argent, le cheval est dans l’ADN de la marque. Le vocabulaire équestre est devenu bijou avec le bracelet «Grand Apparat», les boucles d’oreilles et autres motifs inspirés par les mors de chevaux ou autres étriers.

Chez Cartier, Boucheron, Van Cleef & Arpels, Carrera y Carrera et bien d’autres encore, le cheval revient sous deux formes: «l’hyperréalisme» où on l’observe musculeux et quasi photographié ou le «minimalisme» dans lequel il est suggéré par une ligne d’encolure, un simple étrier ou uniquement par sa tête. Les diamants, incolores ou de couleur, se prêtent à sa crinière emmêlée et l’émail grand feu peut le rendre majestueux ou effrayant.
Si l’année 2026 doit brûler de tous ses feux, autant que ce soit sous ceux bien réglés d’un sertissage minutieux et d’un choix de pierres éclatant plutôt que dans les flammes d’une légende mal comprise. L’année prochaine, ce sera la Chèvre de Feu qui sautillera en tête du zodiaque chinois. Save the date!
Catherine de Vincenti


