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Médusa à la chevelure de bijoux

Le Musée d’Art Moderne (MAM) de Paris montre, jusqu’au 5 novembre 2017, une exposition étonnante et parfois déconcertante sur le thème du bijou, intitulée «Medusa, bijoux et tabous». N’imaginez surtout pas un parcours initiatique au travers de la parure dans la mythologie! Mais soyez prêts à admirer ou repousser les plus beaux joyaux de Lalique, Cartier, Van Cleef & Arpels, des colliers de nouilles ou de mégots, des couilles en sautoir de même que des joyaux anonymes de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

 

Méduse, dans la mythologie grecque, est une des trois Gorgones avec ses sœurs Euryale et Sthéno. Bien qu’appartenant aux divinités primordiales, elle seule est mortelle. Sa chevelure est entrelacée de serpents et ses yeux exorbités ont le pouvoir de pétrifier le mortel qui la regarde. Décapitée par Persée, son masque servira de bouclier à Athéna et sera longtemps utilisé comme une protection contre le mauvais œil. Au fil du temps, le mythe s’est transformé mais continue à alimenter des recherches sur la puissance du féminin, le pouvoir du regard, l’importance des talismans, l’angoisse de castration, la relation intime au monstrueux. Méduse et le bijou: le rapport au pouvoir, au beau, à l’œil, à la chevelure, à la féminité ou à son contraire, tout est là pour faire de 400 bijoux et œuvres diverses, une exposition magnifique où s’entremêlent tous les contraires.

 

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Cette bague a été réalisée par un anonyme pour le pianiste Liberace, vers 1965. Il possédait également un bracelet en forme de portée musicale au centre duquel trônait un piano à queue pavé de diamants.

 

Le bijou, une œuvre d’art?

Dans quelques lignes d’introduction au catalogue, Anne Hidalgo, la Maire de Paris, pose la bonne question qui sous-tend tout le travail des trois commissaires de l’exposition: Anne Dresden, Michèle Heuzé et Benjamin Lignel. «L’exposition prend le parti de déconstruire les préjugés associés aux bijoux… Elle étudie également leur statut, aux croisements de l’art, de l’artisanat et de l’industrie. Elle pose ainsi une question essentielle: si les bijoux sont souvent considérés comme des objets d’art, peuvent-ils être envisagés en tant qu’œuvres? ». Rassurez-vous, cette exhibition ne donne pas une réponse définitive à cette question existentielle. Le savoir-faire le dispute à l’inventivité créatrice qui se développe grâce à la copie, à la mode qui descend dans la rue, aux tabous qui tombent, à la fantaisie parfois outrée. Il n’y a pas de gagnants dans cette compétition de titans.

 

La main de Michael Jackson dans la vitrine

Quoi de commun entre l’anneau du Pape Sixte IV datant du milieu du XIIIe siècle, par un anonyme d’Italie centrale; le gant en cristal de Michael Jackson de 1983; une ceinture de chasteté française, copie exécutée au XIXe, avec un bec en ivoire; un collier de nouilles italiennes, un autre de bonbons et un bracelet «ruban» (1959), Serti Mystérieux rubis et diamants, de Van Cleef & Arpels? Ces bijoux sont emblématiques de l’intérêt que chacun de ses possesseurs lui a porté. Leur valeur n’est de loin pas que monétaire mais elle a été également religieuse, romantique, érotique, sentimentale, représentant un certain statut social. «En terme d’expertise, la valeur d’un bijou est à géométrie variable…», comme le souligne Michèle Heuzé.

 

Les Suisses et les bijoux hollywoodiens de Liberace

Tout cela n’a rien à voir avec la Suisse bien propre en ordre dans laquelle nous vivons! Détrompez-vous! Les noms de John Armleder (qui ne fait pas que des chaises à trois pieds), Sophie Hanagarth (sautoir paire de couilles réalisé en capsules de bière), Caroline Guinard ou Suzanne Syz et ses élégants joyaux ont probablement frôlé votre oreille une fois ou l’autre. Ces quatre représentants helvétiques ont une place de choix au milieu des bijoux (bracelet et bague) en forme de piano à queue du foldingue, mais excellent pianiste, qu’était Liberace, ou du sac en acrylique de Ted Noten dans lequel est noyé un véritable pistolet. Pour tous ceux qui ont débuté leur carrière dans la seconde partie des années 1970, les bijoux emblématiques de Gilles Jonemann, tels la clé à molette se refermant sur un diamant, la paire de brucelles enserrant une taille brillant ou encore un tamis en or pour mesurer les «mêlés», ont certainement changé leur vision de la bijouterie et de la joaillerie. Foin des tabous, on pouvait «créer» avec les objets de tous les jours: un baril de pétrole, des trombones de bureau, une épingle à nourrice. Le bijou devenait ludique et distrayant, il se démocratisait.

 

Medusa, c’est à la fois cela et tout autre chose. Du classique, du fantaisiste, de la fantaisie, du bijou symbole, du bijou déroutant et parfois dégoûtant mais aucune pièce ne vous laissera indifférent.

 

Catherine De Vincenti

 

Catalogue: Médusa, bijoux et tabous,
177 pages, édités par le Musée d’
Art Moderne avec le soutien
de l’Ecole des Arts Joailliers
et Van Cleef & Arpels.

 

 

Ausstellung im Musée d’Art Moderne
Bis zum 5. November ist im Pariser Museum für moderne Kunst die Schmuckausstellung mit dem Titel „Medusa, bijoux et tabous“ zu sehen. In der griechischen Mythologie ist Medusa eine Gorgone, die Schwester von Steno und Euryale und als einzige sterblicher Natur. Sie war die schönste der drei, jedoch wurde sie von der zornigen Göttin Athene verflucht. Seither trug sie Schlangen als Haar und versteinerte jeden mit ihrem Blick. Über Jahrhunderte beschäftigte Medusa als Tabu und Thema sowohl Schriftsteller und Maler wie auch Schmuckhersteller. Unter den 400 in Paris präsentierten Arbeiten finden sich Schmuckstücke anonymer Schmuckhersteller, zeitgenössischer Künstler sowie Juwelen aus dem Luxussegment von bekannten Namen wie Lalique, Cartier oder Van Cleef & Arpels.

 

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