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Pedro Oselieri-Racine, l’œil du marchand

Des salons internationaux aux lots de liquidation, Pedro Oselieri-Racine traque les pierres précieuses, les observe, les identifie, leur invente un futur et les négocie. Formé à la gemmologie au GIA de Londres, il cultive un métier où l’expérience compte autant que la curiosité, et où le prix affiché sur Instagram reste une exception.

Pedro Oselieri-Racine n’était pas destiné à devenir marchand de pierres. Né au Brésil, arrivé en Suisse à l’âge de douze ans, il découvre très tôt la valeur du travail. À quinze ans, il sert les repas dans une maison de retraite pendant ses vacances. Quelques années plus tard, après avoir économisé, il s’offre une parenthèse de six mois aux États-Unis pour parfaire son anglais. Une tante installée en Arizona travaille dans le secteur des pierres. Pedro l’accompagne au salon de Tucson et c’est la découverte. Il a vingt et un ans: la gemmologie vient de trouver un nouvel adepte.

De retour en Suisse, il prend un emploi dans la sécurité, étudie pendant ses heures de patrouille puis suit les cours de gemmologie à l’Ifage à Genève. La passion se confirme. Il quitte son travail et part à Londres suivre la formation du GIA, qu’il finance lui-même, jusqu’au dernier franc. Une amie lui permet ensuite d’effectuer un stage chez Abouchar, maison genevoise réputée dans le commerce des pierres, où il travaillera durant cinq ans. «Une véritable école, dira-t-il, particulièrement formatrice pour les pierres de couleur».

Le regard du marchand Pedro Oselieri- Racine sur les pierres de couleur s’est construit sur une solide formation en gemmologie et sur l’expérience du terrain.

Acheter, vendre… et savoir regarder

Depuis la création de son entreprise, en décembre 2017, Pedro a choisi de faire ce qu’il aime et ce qu’il connaît le mieux: acheter et vendre des pierres. Des marchands comme des bijoutiers font appel à lui pour trouver une gemme précise ou compléter leur assortiment. Il travaille avec Everton, son collaborateur, tandis que Myriam, son épouse, se consacre davantage aux clients privés et à la création de bijoux.

Leur marque, Racine Geneva est née d’un projet commun. Mais Pedro l’explique sans détour: une marque de bijoux ne suffit pas toujours à faire tourner la boutique. Le négoce de pierres lui permet d’aider au financement de son développement, tout en restant au cœur de son savoir-faire. Les deux activités se nourrissent ainsi l’une de l’autre.

Son terrain de chasse favori? Les gem shows (salons), bien sûr, mais aussi les salons de bijoux anciens ou de seconde main. Il y achète des pierres en vrac, des bijoux et des lots parfois issus de liquidations ou de faillites. Dans ces ensembles hétéroclites, tout n’est pas toujours correctement identifié, décrit ou évalué. Une pierre peut être mal répertoriée; une autre, proposée à un prix trop bas parce que son vendeur n’en connaît pas la véritable nature. «Il faut savoir ce que l’on achète», résume Pedro. La formule paraît simple. Elle suppose pourtant un œil exercé, des connaissances solides et la capacité de distinguer une bonne occasion d’un achat hasardeux.

Il ne s’agit pas de miser au petit bonheur. La gemmologie est précisément ce qui permet de prendre une décision raisonnée: observer, comparer, examiner les caractéristiques d’une pierre et comprendre ce qu’elles racontent. Pour Pedro, l’apprentissage ne s’arrête pas avec un diplôme. Le métier lui apporte chaque jour de nouvelles informations, et les pierres gardent toujours une part de surprise. C’est aussi ce qui le passionne: leur diversité, leurs couleurs, leurs inclusions, ces indices minuscules qui permettent d’éclairer leur histoire.

Deux gemmes aux personnalités bien distinctes, le vert intense de l’émeraude et le bleu violacé de la tanzanite. Sur Instagram, Pedro Oselieri-Racine présente quotidiennement des pierres variées, avec une information rarement affichée aussi directement: leur prix! Toutes les photos: CdV Consulting

Instagram avec le prix en clair

Cette curiosité se prolonge sur Instagram où Pedro présente chaque jour des pierres très différentes, accompagnées de leur prix. Le compte @oselieriracinegems fonctionne très bien et donne à voir une sélection vivante, renouvelée au fil des trouvailles. Dans un secteur où le prix reste souvent une information que l’on obtient en message privé (quand il n’est pas nécessaire de le demander plusieurs fois), cette transparence mérite d’être relevée. La pierre est montrée, son prix est annoncé: à chacun de regarder, de comparer et de se décider.

Bruts ou taillés, ces saphirs de l’Umba (nordest de la Tanzanie) offrent de magnifiques couleurs pastel. Savoir évaluer leur potentiel fait partie du métier de marchand. Une pierre de ce lot a été taillée (à gauche de la photo).

Pour alimenter ce flux, une collaboratrice joaillière vient photographier les pièces et renseigner les informations nécessaires. L’exercice demande de l’organisation: le stock est abondant, les gemmes variées, et certaines attendent encore de passer entre les mains d’un lapidaire pour les améliorer. Car la taille est un métier à part entière. Le lapidaire ne se contente pas de «rafraîchir» une pierre: il doit lire son volume, sa couleur, ses inclusions, ses proportions et ses possibilités, puis choisir comment en tirer le meilleur parti sans sacrifier inutilement de la matière. Les petites pierres partent souvent à l’étranger; les plus importantes sont confiées à des artisans-lapidaires locaux.

Vingt kilos de saphirs bruts de l’Umba, un lot qui donne une idée du travail de tri et d’examen en amont. Dans cette masse, chaque pierre doit être considérée pour ses caractéristiques et son potentiel.

Apprendre avant de gagner

La transmission lui tient également à cœur. Pedro accueille des stagiaires et tient à leur rappeler une règle qui n’a rien perdu de son actualité: on commence par apprendre le métier. Et cela peut prendre un certain temps… L’argent vient ensuite, comme conséquence du travail accompli, et non comme objectif immédiat. Il sait que former demande du temps et de la patience, mais refuse d’y renoncer. Les pierres de couleur exigent des connaissances, de l’humilité et une pratique qui s’affine avec les années.

Ce saphir étoilé violet ne payait pas de mine avant sa retaille, une opération délicate confiée à un lapidaire, qui exige de savoir lire la pierre pour en tirer le meilleur parti.

À côté du négoce, Racine Geneva poursuit donc son développement avec Myriam, qui prend en charge les rendez-vous privés et la création des bijoux. Pedro, lui, continue de chercher, de trier, d’examiner et de négocier. Dans les salons comme dans les trouvailles des lots les plus improbables, son plaisir reste celui de la découverte: reconnaître une pierre, comprendre ce qu’elle vaut et trouver la personne à qui elle conviendra. Un métier de regard, de savoir et d’expérience.

Catherine De Vincenti

racinejewels.com

Photo: Ces deux gouttes de quartz incolore sont traversées par de fines aiguilles de rutiles dorés qui, loin d’être considérés comme des «défauts», deviennent ici le principal attrait esthétique des pierres. Poids total 23.88 ct.

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