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Mine urbaine, Iumix bâtit sa filière brique par brique

L’initiative est née au sein de PX Group. En six ans, le groupe chaux-de-fonnier a tissé un réseau international pour tracer les métaux précieux et critiques des déchets urbains, tels que les déchets électroniques. Le projet a grandi et est devenu plus grand qu’une simple unité d’innovation au sein du groupe. Pour gagner en agilité, il devient, en juin 2026, un spin-off: Iumix. Sa PDG, Alexandra Levesque, coordonne aujourd’hui un écosystème qui va des collecteurs de terrain aux utilisateurs de métaux, notamment le marché du luxe. L’une de ses premières ambitions, à terme: faire du cuivre 100 pour cent recyclé traçable une évidence.

Selon un rapport de l’ONU, en 2022, la planète a produit 62 millions de tonnes de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), soit 82 pour cent de plus qu’en 2010. Seuls 22,3 pour cent ont fait l’objet d’une collecte et d’un recyclage documentés. Ces rebuts contiennent pourtant 91 milliards de dollars de métaux: 19 milliards de cuivre, davantage que les 15 milliards d’or.

Les métaux précieux et critiques échappent encore trop largement à la traçabilité. Les grands fondeurs européens brûlent les cartes électroniques dans des fours où chaque lot se dilue dans la masse. Et hors des circuits officiels, l’opacité domine: transports illégaux, bains d’acide improvisés, déchets brûlés dans des décharges à ciel ouvert. Il y a six ans, l’équipe Innovation chimie et Alexandra Levesque se sont attaquées au sujet. Physicienne de formation, elle dirige aujourd’hui l’innovation de la division affinage de PX Précinox, avec une équipe passée de deux à huit personnes. Sa question de départ: comment suivre l’or contenu dans ces déchets jusqu’au métal fin?

L’intérieur du conteneur pilote Bioxtractor, à La Chauxde- Fonds: un bioréacteur et ses filtres. Photo: PX Group

Une réponse collective

La réponse ne tient pas dans une machine. Elle passe par un écosystème qu’Iumix construit et coordonne. En amont, on trouve des fabricants d’équipements, des recycleurs, des opérateurs de collecte et des communes, qui fournissent les déchets. Viennent ensuite des start-up et des laboratoires spécialisés dans la récupération des métaux, des universités et des instituts de recherche publics, puis PX Précinox, l’affinerie mère. En aval se trouvent les acheteurs du luxe, de l’aéronautique, du médical et de l’électronique, et autour de l’ensemble, les régulateurs et les organismes de certification. Le réseau Iumix n’est plus un projet. Il réunit déjà des acteurs à chaque maillon de la chaîne. «Plus nous rencontrons de futurs partenaires, plus le réseau grandit vite et les opportunités arrivent», constate Alexandra Levesque.

Brique par brique

Cet écosystème se construit brique par brique. Dans le jargon du secteur, une «brique» désigne une étape de traitement, avec sa technologie ou un acteur dans cette chaîne de valeur. Une carte électronique résiste à toute recette unique et universelle. Une seule carte mère contient plus de 60 éléments chimiques. La carte associe métaux, polymères et céramiques, étroitement liés, et le cuivre y pèse de 20 à 40 pour cent. Sur une tour d’ordinateur, une brique démonte l’appareil, une autre trie les composants, une troisième retire les puces. Suivent le broyage, l’extraction du cuivre, puis la récupération des métaux précieux dans le concentré, par biolixiviation, par exemple. Les résidus renferment parfois de l’indium, du gallium ou du tantale, qui attendent leurs propres briques. Pour chaque déchet, Iumix détermine les étapes utiles, contribue au développement technologique, trouve les partenaires qui les maîtrisent et les relie en une seule chaîne. Elle y apporte la traçabilité. Iumix vise à documenter le parcours du métal, du collecteur à l’affineur (le concentré rejoint souvent l’affinage de PX Précinox à La Chaux-de-Fonds), puis jusqu’aux acheteurs. L’offre d’Iumix tient en quatre services: la qualification de sources de déchets, la fourniture de métaux traçables, l’industrialisation des procédés et la coordination de l’écosystème.

Une carte électronique, brique après brique: la carte entière, ses fragments broyés, puis la poudre qui part au traitement. Photo: PX Group

L’usine au pied du déchet

Le modèle du spin-off va plus loin. Plutôt qu’expédier les cartes vers les fonderies européennes, Iumix veut prétraiter la matière près de sa source. Premier pas: financer chez un partenaire local une machine qui retire les composants des cartes, en échange d’un accord sur le concentré produit. Ce concentré rejoint ensuite un intermédiaire ou l’affinage de PX Précinox. La machine part seule ou dans un conteneur adapté, selon un principe: «Amener l’usine au déchet, et non l’inverse». Moins le déchet voyage, mieux on le suit. Les premiers projets de terrain se préparent.

Le terrain, lui, existe déjà. En Afrique de l’Ouest, la Suisse a financé des initiatives pour une collecte formalisée des déchets électroniques. Les partenaires locaux trient et produisent désormais un certain nombre de fractions, mais les renvoient en Europe pour traitement. Iumix vise à identifier des étapes de valorisation pour certaines de ces fractions, sur place. Au Ghana, le contact avec de petits collecteurs permet au travers d’essais de mieux comprendre cet écosystème.

Ce schéma reprend celui de «PX Impact», le programme de PX Group pour l’or des mines artisanales du Pérou: transformation sans mercure, affinage à La Chaux-de-Fonds, et une prime que les clients paient et que PX Group réinvestit en amont. Iumix l’applique à la mine urbaine. Objectif: formaliser un travail souvent informel et mieux rémunérer ceux qui le font.

Grenaille de cuivre. Les déchets électroniques en contiennent davantage que d’or, et Iumix vise aussi le recyclage de ce métal.

L’horizon biotech

PX Group développe la biolixiviation avec le partenaire allemand Brain Biotech, dont les micro-organismes dissolvent l’or des déchets. Les deux partenaires possèdent un conteneur pilote, baptisé Bioxtractor, mis en service en juillet 2024 à La Chaux-de-Fonds. PX Group a financé la preuve de concept et conduit désormais le projet. Le procédé fonctionne à basse température, à pression atmosphérique, avec des réactifs doux et moins de pertes dans les scories obtenues lors de la fonte directe des déchets électroniques dans leur intégrité. À terme, ce conteneur mobile rejoindrait les briques déployées près des déchets, une «vision future, très disruptive», selon la PDG. Le procédé ne restera pas réservé au groupe. Le modèle reste à définir: location de conteneurs, licences ou primes sur les métaux tracés. Un obstacle tient encore au cuivre, antibactérien: il tue les micro-organismes, d’où son retrait avant le traitement.

Le cuivre, une conviction

Ce cuivre, Alexandra Levesque refuse justement de le négliger. En valeur, il pèse davantage que l’or dans les DEEE, et un or 18 carats en contient jusqu’à un quart. Pourtant, le cuivre des alliages horlogers reste en majorité d’origine minière. Des producteurs européens fabriquent déjà un cuivre 100 pour cent recyclé et entièrement tracé depuis le déchet. Une première grenaille, aux spécifications des alliages actuels, a passé les tests. Reste à monter en échelle. Le premier débouché sera les alliages de PX Précinox, mais Iumix vise l’ensemble du marché horloger et bijoutier. Le cuivre ne rapporte pas autant que l’or, reconnaît Alexandra Levesque. Mais ce métal critique ne mérite pas d’être «sous-considéré». Dans cinq ans, elle espère voir ces filières tracées devenues «communes».

Nicole Kate

Photo: Au Ghana, des déchets brûlent à ciel ouvert: une pratique qu’Iumix entend combattre. Photo: PX Group

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