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L’innovation fait peur aux horlogers

Le dernier Congrès de la Société suisse de chronométrie rendait hommage à 100 ans de recherche horlogère. Si les innovations ont été nombreuses depuis le début des années 2000, les horlogers ont cependant toujours de la peine à se projeter dans le futur.

En 1919, le recteur de l’Université de Neuchâtel, Adrien Jaquerod, lance un véritable appel: pour garder sa position de leader mondial de l’horlogerie, la Suisse doit impérativement organiser sa recherche. Dans un article paru dans le Journal Suisse d’Horlogerie intitulé «La science au service de l’industrie horlogère», il exhorte monde académique et manufactures à se rapprocher, à s’unir même. De cette initiative naîtront le Laboratoire de Recherche Horlogère en 1921 – devenu aujourd’hui l’Association Suisse de Recherche Horlogère (ASRH) – et la Société Suisse de Chronométrie (SSC) en 1924, prélude à la naissance de nombreuses autres institutions. C’est la clairvoyance de cet homme que, 100 ans plus tard, la SSC a voulu honorer en dédiant son dernier Congrès international de chronométrie au thème de la recherche. Un événement qui, s’il a permis de confirmer assez clairement les efforts consentis actuellement par le secteur, a aussi mis en évidence un passé moins connu de la recherche horlogère, ainsi qu’un futur qui peine encore à se frayer un chemin dans les mentalités.

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Présenté en 2014, le prototype de l’Echappement Genequand utilise le silicium, ainsi que le principe des mécanismes à guidage flexible. Des innovations développées par les Centre Suisse d’Electronique et de Microtechnique (CSEM).

La Chine revendique sa part d’Histoire

L’histoire ancienne de la mesure du temps est jalonnée de dates et de noms célèbres, qui résonnent comme une comptine aux oreilles des spécialistes. De la première horloge astronomique construite par Richard Wallingford en 1336, au chronographe de marine de John Harrison en 1764, en passant par la découverte du concept d’isochronisme par Galilée au XVIIe siècle et l’invention par Huygens du balancier-spiral en 1675, la légende horlogère n’est que très rarement questionnée.

C’est pourtant ce qu’est venu faire Yu Fu. Devant un parterre d’ingénieurs, d’historiens et de scientifiques suisses, le cadre de Seagull Watch Group, basé à Tianjin (Chine), est venu rappeler – en français ! – l’antériorité des recherches chinoises en matière de mesure du temps. «Il est moins bien connu que la Chine a mis au point ses propres horloges mécaniques plusieurs siècles plus tôt», a-t-il souligné. On apprend ainsi qu’en 1088, le savant Su Song a développé et construit une tour horloge astronomique, finement décrite dans un traité comprenant 60 dessins. Dans une pagode de cinq étages, un mécanisme à eau permettait d’indiquer l’heure de manière permanente, d’actionner un globe céleste et un calendrier, ainsi que de sonner les unités de temps grâce à des figurines animées. En 1965, le sinologue britannique Joseph Needham écrivait dans «Science et civilisation en Chine»: «Je pense que la tradition chinoise des horloges astronomiques est l’ancêtre direct de la première horloge médiéval.»

Nouveaux matériaux et processus de fabrication

A l’autre bout de l’éventail temporel, le futur de la recherche horlogère est apparu, à la lumière des confidences d’une poignée de jeunes entrepreneurs, moins net qu’il n’y paraît. Le dynamisme dont fait preuve le secteur depuis le début des années 2000, peut en effet laisser penser que l’horlogerie moderne avance résolument sur les rails de l’innovation. Les nouveaux matériaux, notamment, ont pris ces dernières années une place très importante. Ainsi du silicium et de ses méthodes de micro-fabrication – croissance galvanique et gravure profonde –, qui permettent une finesse et une liberté de formes inconnues précédemment. Une matière et des procédés qui ont permis le développement de mécanismes à lames flexibles, utilisés par exemple par Girard-Perregaux dans son Echappement Constant, ou pour l’échappement Genequand. Ainsi également du carbone, objet de toutes les attentions actuellement chez TAG Heuer. Son spiral en carbone composite – nanotubes en feuilles de graphène remplis de matières amorphe – promet une meilleure résistance aux perturbations externes, comme les chocs, les variations de température, le magnétisme ou l’humidité.

Les start-up au pied du mur horloger

Présentées au congrès respectivement par le CSEM et TAG Heuer, ces deux innovations n’en sont plus vraiment, dans la mesure où elles ont déjà été parfaitement intégrées par l’industrie horlogère, à différents niveaux. Il n’en va pas de même des recherches et des prestations des six start-up. Six d’entre elles étaient venues se présenter et exposer leurs activités. A la manière d’un speed dating scientifique, les fondateurs ou dirigeants de SY&SE (assemblage verre-métal sans colle), Coat-X (encapsulation par couche mince), Nanoga (technologie photonique d’encre digitale), L.E.S.S (systèmes d’éclairage en fibres nano-actives), Percipio Robotics (robotique ultra-précise) et Vulkam (alliages amorphes) ont ainsi tenté de convaincre l’assemblée de leur potentiel pour l’industrie horlogère.

Une tâche pas si facile. «Je constate que nous sommes à la croisée des chemins: il y a un grand besoin d’innovations dans l’horlogerie», a commencé par dire Yann Buaillon, de Percipio Robotics. Tout de suite repris par Yann Tissot, de L.E.S.S: «Tout le monde veut de l’innovation, mais personne ne veut changer. Nous sommes face à un frein au changement, fondamentalement.» Avant que Nasser Hefiana, de Nanoga, ne finisse par conclure: «Venez nous voir, venez nous parler! Si nous ne connaissons pas vos besoins spécifiques, nous ne pourrons pas y répondre.»

Fabrice Eschmann

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