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Poudriers, minaudières et tralala!

Au nord de Cannes, dans les collines de la Côte d’Azur, la ville de Grasse est indissociable du parfum et des cosmétiques. De grands parfumeurs comme Fragonard, Molinard et Galimard y ont toujours leur siège ainsi que leurs ateliers qui se visitent. Son Musée International de la Parfumerie organise régulièrement de très intéressantes expositions et, jusqu’au 3 octobre prochain, vous saurez tout sur «La poudre de Beauté et ses Ecrins». Un siècle de poudriers, de 1880 à 1980!

Attiré par les bijoux et accessoires, ne vous êtes-vous jamais extasié devant un magnifique poudrier signé Boucheron ou une minaudière de Van Cleef & Arpels ? Néanmoins, il est tout aussi passionnant de découvrir autour de quelle matière ont été réalisés ces petits chefs d’œuvre.

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Minauder: prendre des manières affectées pour attirer l’attention, plaire et séduire. La minaudière devient l’objet à la mode, dans les années 20, grâce à Florence Jay Gould et Van Cleef & Arpels. Or jaune, compartiments et laque noire. Photo: VC&A

La poudre de Beauté

Parlant de poudre, il s’est longtemps agit d’une poudre disposée dans un godet au couvercle percé de petits trous et destinée à sécher l’encre de la plume. Depuis l’avènement du papier buvard, cette poudre-là n’a plus cours. Ne reste plus que la poudre de beauté, allant de la céruse des siècles précédents (blanc de plomb, abandonné en 1913) à la poudre d’amidon pulvérisée sur la chevelure ou les perruques, à la poudre de riz qui, bizarrement, n’a que rarement contenu du riz. Qui dit «poudre» divulgue forcément quelques instruments secondaires: un miroir, une houppette (accessoire en duvet de cygne qui remplace l’antique patte de lapin), un poudrier, un nécessaire ou «vanity case», une minaudière.

Poudre, entre séduction et technologie

La composition des poudres cosmétiques a peu évolué au fil des temps. On en a retiré les composants nocifs (céruse, radium ou bismuth) pour privilégier les ingrédients d’origine naturelle, amidon et dérivés, puis synthétiques, choisis pour leur propriété couvrante, matité et blancheur. Grâce aux progrès industriels, la poudre se développe dans des versions transportables avec l’invention du poudrier. Dès 1914, la poudre devient « compacte » par formage humide puis à sec. Elle s’applique au pinceau ou à l’éponge et se décline dans une vaste palette de nuances. Au début du XXe siècle, la poudre se vend au poids, s’achète en vrac, se transvase dans une boîte plus ou moins précieuse allant du carton décoré en passant par les métaux puis le plastique. Elle se compose d’éléments d’origine minérale tels le talc, la craie, le kaolin; végétale, amidon et ses dérivés, et, plus tard, synthétique comme le mica de synthèse, le nylon ou le silicone qui se fixent facilement sur la peau et absorbent les corps gras, produisant un effet mat.

Le charme discret de la bourgeoisie

La bourgeoise du XIXe siècle se farde avec discrétion pour ne pas être associée à une «grue» ou femme de petite vertu. A cette époque, et sous l’éclairage désormais électrique, les parfumeurs font appel, dans leur communication, aux comédiennes comme Sarah Bernhardt qui maîtrisent l’usage des fards. Se repoudrer en public n’est pas bien vu mais encore quelques années et le charme érotique de se « repoudrer le nez » au vu et au sus de tout le monde deviendra courant. L’Art Nouveau se développe également sur les boîtes à poudre et le peintre et affichiste Mucha ne sera pas le dernier à y déployer ses arabesques et guirlandes. Le mouvement Art Déco utilisera des matières nobles : galuchat (peau de raie), bois précieux ou laqués ornés de motifs simples et géométriques. La couturière Jeanne Lanvin s’entoure d’artistes Art Déco pour la réalisation de son premier flacon à parfum, «Arpège», qui se décline également en poudre. Elsa Schiaparelli crée, en 1937, des articles parfumés sur la base de son fameux jus, «Shocking». René Lalique, qui est malheureusement perdu pour la bijouterie dès 1909 et son premier flacon à parfum confectionné  pour Patou, devient un merveilleux verrier Art Déco. Il réalisera, entre autre, des flacons et boîtes à poudre pour le parfumeur Roger&Gallet ayant pour nom «Le Jade» et «Pavots d’Argent».

La Minaudière de Van Cleef & Arpels

Dès les années 20, les femmes s’émancipent, se maquillent, fument en public, font du sport, portent des robes courtes et ont envoyé le corset aux oubliettes. C’est un chamboulement généralisé! La mode du «vanity case» ou «nécessaire» permet aux femmes d’emporter avec elles poudrier, miroir et rouge-à-lèvres. L’Art Déco permet des décors russes, japonisants, géométriques, colorés grâce à l’émail. En 1933, la richissime américaine Florence Jay Gould avait pris l’habitude de fourrer dans une boîte à cigarettes en fer blanc, de la marque Lucky Strike, tout ce qui lui était nécessaire pour survivre dans le monde, du bâton de rouge au poudrier, en passant par son mouchoir et son carnet de bal. Charles Arpels est horrifié lorsqu’il découvre la «chose» et lui dessine un contenant plus digne de son statut, composé de mini compartiments. C’est une véritable prouesse technique car dans cette boîte chic, elle peut caser son poudrier, son bâton de rouge, ses cigarettes, son fume-cigarette et son briquet, une montre, un carnet de bal. La minaudière, c’est le nom donné, breveté et déposé par Alfred Van Cleef, en 1934, pour ce remplaçant du sac du soir, qui doit son appellation à sa propriété dans les Yvelines.

La fin des poudriers?

A partir des années 70, poudriers et minaudières perdent de leur intérêt. Les femmes travaillent toute la journée et n’ont pas forcément le temps de rentrer chez elles se changer pour la soirée. Elles portent désormais d’amples cabas dans lesquels elles jettent tout en vrac. Les parfumeurs leur  ont créé des contenants en plastic résistants, légers et économiques. Ils permettent d’imiter toutes les matières précieuses de l’écaille à la laque, en passant par l’ivoire, dont l’usage est désormais interdit. Des mécanismes d’ouverture originaux et de formes fantaisies ont détrôné les fermoirs qui se détachaient à volonté des petits chefs d’œuvre joailliers pour être portés en broches.

L’ensemble exposé à Grasse, même s’il parle «d’un temps que les moins de … ans ne peuvent pas connaître», nous fera tous rêver et laissera dans son sillage une fine odeur poudrée.

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