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Le COSC resserre la vis… et les secondes

Cinquante ans que l’ISO 3159 tenait seule les rênes du chronomètre COSC. Cinquante ans que tout se jouait sur le calibre nu. L’Excellence Chronometer rebat les cartes: le COSC resserre la précision à −2/+4 secondes par jour, relève le seuil de résistance magnétique à 200 Gauss, vérifie la réserve de marche. Et juge désormais la montre finie. Anatomie d’un virage millimétré.

Nos smartphones comptent en horloges atomiques. Les horlogers comptent en secondes par jour; trois, quatre, pas une de plus. Le paradoxe n’a pas pris une ride. En Suisse, c’est le Contrôle Officiel Suisse des Chronomètres, COSC, qui tranche: sans sa certification, pas de mot «chronomètre» sur le cadran. Et sans ce mot, pas de sésame pour les millions de mouvements certifiés chaque année depuis 1976 par le label mondialement reconnu. Après un demi‑siècle de statu quo, l’association à but non lucratif, reconnue d’utilité publique, sort de sa réserve avec l’Excellence Chronometer, un label inédit. Le mot d’ordre de son président, Sébastien Cretegny, est «d’aligner la certification sur l’usage réel».

Du calibre nu à la montre finie

L’Excellence ne remplace pas l’ISO 3159; elle s’y superpose. Le socle reste intact: le COSC teste le mouvement nu pendant quinze jours, dans cinq positions et trois températures, avec une tolérance de −4/+6 secondes par jour. Ce protocole date de 1976. Il définit le «chronomètre» au sens strict. Et reste en vigueur. L’Excellence ajoute un tour de vis. Le mouvement retourne chez la marque, rejoint sa boîte, puis repasse la porte du COSC en montre terminée. Place au robot, qui simule le poignet pendant 24 heures: mouvements semi-dynamiques, changements d’orientation, alternance de marche et de repos. La sanction tombe: −2/+4 s/j. Six secondes au lieu de dix.

Depuis 1973, soit la création du COSC, plus de 57 millions de mouvements ont été certifiés.

Trois compléments verrouillent le dispositif. Le COSC impose 200 Gauss de résistance magnétique (quand chaque poche charrie un smartphone et chaque sac un fermoir aimanté, la mesure parle d’elle‑même). Derrière ce chiffre, le COSC ne tire pas un seuil de son chapeau: la barre des 200 Gauss s’aligne sur la version renforcée de la norme ISO 764, qui classe les montres à «résistance magnétique améliorée» bien au‑delà des 60 Gauss historiques. Il vérifie la réserve de marche: ce que le fabricant promet, l’organisme le contrôle. Et surtout, il juge la montre finie. Sébastien Cretegny pose l’enjeu: «Tester la montre dans des conditions plus proches de son usage réel et refléter la performance globale de la montre telle qu’elle sera portée au quotidien.»

À l’occasion des 50 ans de la norme ISO 3159, le COSC introduit une nouvelle certification, l’Excellence Chronometer.

Un standard qui engage toute la chaîne

Vue de l’extérieur, la critique est connue: la norme ISO 3159 n’a pas bougé depuis 1976, pendant que certains affichent des tolérances plus serrées et des tests plus complets. Facile à dire. L’ISO 3159 n’est pas un cahier des charges maison qu’on retouche entre deux collections. C’est le socle commun pour toute l’horlogerie mondiale, et chaque paramètre déplacé ébranle des investissements, des flux logistiques, des gammes entières. «Quand on certifie plus de deux millions de pièces par an, pour plus de soixante marques, la responsabilité est particulière, résume Sébastien Cretegny. Le standard doit évoluer sans fragiliser ce qui fait sa crédibilité et sa dimension fédératrice.»

Chambres de tests à 8 et 38 degrés Celsius, simulant des conditions d’usage réelles.

Un défi d’abord industriel

Les communiqués restent discrets sur le sujet. Le directeur, lui, le dit sans détour: «Concevoir de nouveaux critères est une chose, mais adapter l’outil industriel pour tester des montres finies à grande échelle est probablement le défi le plus lourd.» Le mouvement nu tient dans un plateau. La montre terminée, elle, exige d’autres infrastructures, d’autres protocoles de manipulation, une tout autre organisation. Le COSC répartit déjà sa certification entre trois sites, justement pour garantir la continuité en cas de problème local. L’Excellence doit s’intégrer sans fissurer ce maillage.

Avec l’Excellence Chronometer, le COSC propose un nouveau label et affiche de nouvelles ambitions.

D’autant que le calendrier est déjà lancé: les premiers pilotes sont programmés en mars 2026 dans les laboratoires du COSC, afin de valider les procédures et d’accompagner les marques dans la transition. Le déploiement opérationnel et les premières certifications seront, dans un premier temps, dédiés à un seul site. Cette approche permet de maîtriser rigoureusement les opérations, de former un personnel qualifié et de valider chaque étape dans des conditions optimales. À ce stade, les quantités certifiées restent volontairement limitées afin de garantir un niveau d’excellence constant.

Horloge atomique de référence servant à étalonner les mesures du COSC.

Cette phase s’inscrit dans une démarche progressive visant à préparer l’extension du dispositif. Les enseignements tirés permettront d’optimiser les processus et d’anticiper une montée en charge maîtrisée. Dans cette perspective, une version industrielle de la certification Excellence Chronometer est en cours de développement. L’objectif est d’adapter le processus à des volumes plus importants, tout en préservant les nouvelles exigences du label.

Selon le calendrier prévisionnel, cette version industrielle devrait être pleinement opérationnelle au premier trimestre 2027, ouvrant ainsi la voie à une adoption plus large au sein de l’industrie horlogère. En clair: des flux de montres complètes à gérer, des temps de cycle allongés, et un coût supplémentaire à absorber dans la chaîne de valeur. C’est aussi pour cela que l’Excellence reste optionnelle: aux marques de décider quelles références font le saut.

Les laboratoires COSC, à La Chaux-de-Fonds.

L’échiquier des labels

Face à METAS, à Rolex Superlative ou au Poinçon Patek Philippe, l’Excellence débarque sur un terrain balisé. La fenêtre de −2/+4 s/j rapproche le COSC de certains référentiels, sans les égaler. Les 200 Gauss restent loin des 15’000 brandis par Omega et METAS. Les labels coexistent plus qu’ils ne s’affrontent, et l’ambition du COSC reste d’offrir un standard lisible, fiable, reconnu, pas de se substituer aux autres. Le COSC vise le socle commun, pas le record.

Nicole Kate

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