À GemGenève, on découvre un certain nombre de jeunes créateurs. Certains séduisent par leur technique, d’autres par leur univers. Enfin, il y a ceux dont les bijoux semblent porter une histoire plus intime. C’est le cas de Thessa Bodikian, fondatrice de la marque française «Chère».
Française d’origine arménienne, la jeune créatrice revendique un lien profond avec son histoire familiale et, plus particulièrement, avec son grand-père artisan bijoutier. Une figure manifestement fondatrice dans son parcours.
Elle parle volontiers de ce petit carré de poche en lin blanc qu’il portait toujours sur lui afin de nettoyer une pierre, un bijou ou simplement redonner un éclat discret à un objet précieux. Un geste simple, presque banal, mais qui résume assez bien une certaine idée de la joaillerie: celle du soin, de la transmission et de l’attention portée aux détails.

L’Arménie en héritage
Bien qu’appartenant à la troisième génération installée en France, Thessa Bodikian reste très fidèle à ses racines arméniennes. Cette connexion, elle la doit surtout à ses grands-parents qui, une fois arrivés en France, se sont installés à Lyon puis à Saint-Etienne pour finir par se fixer au soleil de Marseille. Du côté de sa grand-mère, la famille a créé en 1929, l’épicerie Bahadourian bien connue à Marseille par tous les amoureux des cuisines du monde.
Après un bac «pro», Thessa la Parisienne pressent que sa créativité se trouve au bout de ses doigts, tout comme son grand-père. Elle s’inscrit à la Haute École de Joaillerie de Paris. Cette formation exigeante l’amène à de nombreux partenariats avec Hermès, Christofle, Piaget ou encore Swarovski. Durant deux ans, elle dessine pour la marque française «Persée» qui incarne une vision novatrice et épurée de la joaillerie. «Un bijou ne peut pas être créé sans être vendu», précise-t-elle avec un bon sens qui manque cruellement à certains créateurs. Une formation en marketing, en alternance, palliera ce manque. Le digital et la publicité l’aideront à comprendre que la créativité ne suffit pas à vendre: elle se construit, se travaille et s’accompagne.

Le retour à GemGenève
L’an dernier déjà, Thessa Bodikian faisait partie de la sélection arménienne invitée à GemGenève. Sa participation avait été plus que remarquée puisqu’elle y avait remporté un concours de création, confirmation qu’au-delà d’un récit personnel séduisant, le talent était bien présent. Revenue cette année avec davantage d’assurance, elle dévoile, notamment, une délicate paire de boucles d’oreilles issue de sa collection «Orient-Occident». Un titre qui lui ressemble bien, évoquant un dialogue entre cultures, mémoire familiale et esthétique contemporaine.

Légèreté architecturale
Le bijou impressionne d’abord par sa légèreté. Rien d’ostentatoire dans cette paire de boucles d’oreilles architecturales en or jaune 18 carats. Les 530 petits diamants taille brillant qui la constituent dessinent une composition aérienne où la lumière circule avec fluidité. Au dos de la pièce se cachent les détails qui retiennent l’attention des professionnels. Chaque pierre est fermée par une minuscule boule d’or, une solution technique qui permet de réfléchir davantage la lumière et d’accentuer la brillance de l’ensemble. Un raffinement discret, presque invisible pour le grand public, mais qui témoigne d’une véritable réflexion sur la construction du bijou.
À quelques semaines de donner naissance à un petit garçon, la créatrice traverse manifestement une période charnière de sa vie personnelle et de sa carrière. Elle évoque d’ailleurs volontiers le soutien constant de son mari, qui l’a encouragée à lancer sa propre maison «Chère» et à croire en sa vision.
Avec «Chère», il est question de filiation et d’une élégance sensible qui refuse le spectaculaire inutile. Une approche sincère et rare dans une époque qui confond parfois visibilité et singularité.
Catherine De Vincenti


