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«Une situation complètement inédite»

L’interview avec le président de la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH), M. Jean-Daniel Pasche a eu lieu au début du mois d’avril, en plein «lockdown».

Gold’Or : Monsieur Pasche, vous êtes président de la FH depuis 2002, est-ce que la crise actuelle (Covid-19) se laisse comparer à d’autres événements dans le passé?

Jean-Daniel Pasche: Je n’ai jamais vécu une telle situation, à savoir un arrêt presque complet de toute l’activité industrielle et la fermeture des points de vente. Certes, la crise financière 2008-2009 fut violente mais les entreprises, dans leur ensemble, pouvaient continuer de fonctionner et l’activité commerciale pouvait se poursuivre même à des niveaux bien plus bas.

Selon vos connaissances, combien de marques ont actuellement arrêté la production en Suisse?

Je ne sais pas, car je ne dispose pas de chiffres, mais il me semble qu’un grand nombre d’entreprises, marques et sous-traitants confondus, ont stoppé la production.

Que savez-vous de la situation des sous-traitants suisses?

Comme souvent en pareille circonstance, ils sont les premiers à avoir été touchés. Dans leur ensemble ils sont fortement affectés: forte chute des commandes et arrêt de la production!

Le nombre d’employés a été stable ou en augmentation ces dernières années. Craignez-vous une vague de licenciements et/ou de faillites?

Il est encore trop tôt pour faire des pronostics à cet égard, tant que la durée de cette épidémie n’est pas connue. Les conséquences seront plus ou moins fortes en fonction de cette durée.

Avez-vous déjà eu vent de premiers effets?

Nous savons que le recours au chômage partiel est important, par contre, je n’ai pas encore eu vent de licenciements dus à la pandémie. Les associations patronales comme la CP à la Chaux-de-Fonds pourraient mieux répondre à cette question que moi.

«Les consommateurs auront à nouveau envie de se faire plaisir.»

Au niveau des exportations, on était à moins neuf pour cent au mois de février, quelles sont vos attentes pour les prochains mois?

Il est certain que la baisse des exportations va se poursuivre ces prochains mois sans que je puisse déjà articuler de chiffres.

Les trois marchés d’exportation les plus importants, Hong Kong, les États-Unis et la Chine sont très affectés par la pandémie. Pensez-vous que ces marchés vont bientôt se ressaisir?

La situation reste difficile sur ces trois marchés même s’il semble que la Chine va se reprendre en premier, vu l’historique de la pandémie. Mais je ne peux pas prévoir de date.

Question incontournable: comme voyez-vous le futur de l’horlogerie (suisse)?

Il est difficile de tirer d’ores et déjà des enseignements sur les conséquences de cette pandémie notamment sur la distribution. D’un côté, nous constatons que la fermeture des magasins pénalisent très fortement les ventes et qu’elles ne sont pas compensées par le e-commerce. De l’autre, en période difficile comme celle que nous connaissons, les consommateurs sont préoccupés par le risque sanitaire et l’incertitude du lendemain, ce qui ne les incite guère à des achats de produits, même par le e-commerce. Cependant, la distribution de montres suisses, sous ses diverses formes, va reprendre dès que la pandémie aura fait place à une vie à nouveau normale. Les consommateurs auront à nouveau envie de se faire plaisir.

Quelles sont les mesures que la FH peut prendre dans cette crise? Pour ses membres, pour ses employés?

Concernant les membres, elle les informe sur les mesures à prendre et sur les paquets d’aide préparés par les autorités dont elles peuvent profiter. Elle intervient aussi, aux côtés d’autres organisations économiques nationales, pour défendre les intérêts de ses membres, notamment en matière d’aides justement. La FH poursuit son activité «normale» mais la totalité du personnel travaille à la maison. Quelques employés viennent de manière plus ou moins sporadique au bureau en fonction des activités et des dossiers à traiter. Nous pouvons assurer les mesures sanitaires prescrites du moment qu’il n’y a que très peu de personnes simultanément dans nos murs. Personnellement je travaille au bureau.

Quelles mesures peut-elle envisager pour stopper la baisse des exportations, notamment dans l’entrée de gamme qu’on observe depuis quelques années?

La FH ne peut pas agir directement sur le développement et la production des montres ni sur les comportements du marché. Elle n’est pas active dans le marketing et la communication sur les produits. Par contre, elle intervient pour améliorer les conditions-cadres en Suisse et dans le monde pour favoriser les exportations et les ventes horlogères.

Pourquoi l’industrie horlogère suisse doit-elle avoir confiance en l’avenir?

L’industrie horlogère suisse reste leader mondial dans son secteur et dispose des atouts pour le rester: capacité d’innovation, investissements dans les infrastructures et performance de l’outil de production, qualité de la formation, valeur des marques, réputation mondiale; «tant que les gens ressentiront des émotions, ils achèteront des montres suisses!». Ceci dit, nous savons qu’il peut y avoir des hauts et des bas; cela dure depuis quatre siècles d’histoire horlogère suisse.

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